The Animal We Carry

© Courtesy of Bremond Capela and Kai Yoda

Kai Yoda

5 juin — 25 juillet 2026

13 rue Béranger, 75003 Paris

Bremond Capela est heureuse de présenter « The Animal We Carry », la première exposition personnelle en France de Kai Yoda.

L’exposition marque une étape importante dans la trajectoire de Kai Yoda. Après dix ans de travail au sein du duo Ittah Yoda, cette proposition solo ouvre un nouveau chapitre. Le duo s’intéressait à des écosystèmes complexes et à des formes d’interconnexion entre le vivant, la technologie et l’environnement. Kai Yoda déplace ici son regard vers une dimension plus intérieure. L’exposition explore une zone intime, où naissent les désirs, les instincts et les sensations que nous portons avant même de pouvoir les nommer.

L’œuvre de Kai Yoda naît d’un dialogue entre plusieurs manières de produire des images. Ses peintures à l’huile sur lin ne sont pas des images fixes. Elles apparaissent comme des surfaces en transformation. Elles sont construites par couches, entre peinture traditionnelle et outils contemporains, notamment l’intelligence artificielle. L’artiste utilise l’IA pour faire surgir des couleurs, des motifs ou des images inattendues. Mais son travail s’éloigne volontairement d’une esthétique numérique trop lisse. Il cherche au contraire à faire apparaître des traces d’accident, de fragilité, d’imperfection et de matière. La figure n’y est jamais totalement stable. Elle semble
apparaître, disparaître, puis se reformer. Chaque toile donne une forme visible à une présence plus difficile à saisir : une tension, une énergie, une sensation rendue physique par la peinture. L’expérience de l’exposition dépasse le seul espace du tableau. Kai Yoda utilise des matériaux comme le cuir, la cire d’abeille, le bois ou le laiton, notamment dans les pièces « Samuel » et « Daniel ». Les éléments en cuir sont développés en collaboration avec Marie-Ève Lecavalier et existent à la croisée du vêtement, de la sculpture et de la peinture. Ces matières engagent un rapport plus physique aux œuvres. Elles sollicitent le toucher, l’odorat et la mémoire du corps. Elles portent aussi une histoire matérielle. Le cuir provient de stocks existants. Les pigments sont en grande partie fabriqués à la main, à partir de pigments naturels, de cire d’abeille et d’huile de lin. Certaines toiles sont réutilisées et repeintes. Le bois est un bois mort collecté à Vassivière, où l’artiste a précédemment présenté son travail.

Cette attention aux matériaux prolonge une réflexion écologique plus large. Kai Yoda cherche autant que possible à produire près du lieu d’exposition. Il travaille avec des matériaux locaux, des artisans et des collaborateurs liés au contexte du projet. L’écologie n’apparaît donc pas ici comme un sujet illustré. Elle devient une manière de penser les relations entre humain, animal, nature et technologie. Dans un monde où les images et les formes peuvent être générées de plus en plus facilement, l’exposition revient à ce qui demeure profondément humain : l’intimité, la douleur, le plaisir, le contact, l’imperfection et la mémoire du corps. Cette volonté d’impliquer le visiteur se prolonge lors du vernissage, puis à plusieurs moments de l’exposition, à travers un rituel de dégustation imaginé par l’artiste. Avec la participation de la cheffe Megumi Takeyama, des bouchées sont proposées aux visiteurs comme une extension de l’exposition elle-même. Il ne s’agit pas d’une performance au sens classique. Il s’agit d’un moment ritualisé, où manger devient une manière de faire entrer l’œuvre en soi par le goût et l’odorat. Des pièces en cuir, développées en collaboration avec Marie-Ève Lecavalier, prolongent cette expérience dans une forme plus incarnée, entre vêtement, sculpture et peinture. Le visiteur devient alors l’un des déclencheurs de l’installation. L’exposition quitte la distance habituelle du regard pour devenir un processus de partage et d’incorporation.

Les œuvres s’organisent autour d’une galerie de présences identifiées par des prénoms : « Adam », « Augustine », « Viktor ». Ces noms ne renvoient pas à des portraits précis. Ils désignent plutôt des figures mentales, physiques ou émotionnelles. Les corps sont souvent fragmentés ou en état de dissolution. Ils évoquent une tension de la chair que l’on pourrait rapprocher de Francis Bacon. Mais cette tension s’inscrit ici dans une atmosphère plus silencieuse et retenue, proche de l’épure d’Isamu Noguchi.

Dans l’espace de la galerie Bremond Capela, l’accrochage donne une place importante au vide, aux distances et aux changements d’échelle. Le passage entre les petits formats et les œuvres de plus grande dimension oblige le regardeur à ajuster sa position. Il modifie son rythme, sa proximité et son rapport aux œuvres. L’exposition fonctionne comme un organisme vivant. Chaque élément, du détail d’une toile au rituel de dégustation, en constitue une composante active. Les peintures peuvent aussi se lire comme des marques, des esquisses ou des fragments de journal. Elles concentrent une charge émotionnelle forte, tout en ouvrant vers de futures
installations.

Plutôt que de raconter une histoire, Kai Yoda crée un environnement de coexistence. Le naturel et le fabriqué, le construit et l’instinctif, le vivant et l’artificiel y finissent par se rejoindre. L’exposition rend visible une zone de contact fragile, où l’humain et l’animal, le regard et la sensation, commencent à se confondre.

Kai Yoda (né en 1985 à Tokyo) vit et travaille entre Paris, Londres, Tokyo et Stockholm. Formé à l’Université Keio à Tokyo et au Royal College of Art à Londres, il a cofondé le duo Ittah Yoda en 2015 avant d’initier sa pratique solo en 2024. Son travail a été présenté dans des institutions telles que le Palais de Tokyo, le CIAP de l’Île de Vassivière et le Château La Coste. Ses œuvres font partie des collections du FRAC Pays de la Loire, du FRAC Artothèque Nouvelle-Aquitaine et de la Sigg Art Foundation.

Collaborations :
L’exposition a été développée avec la contribution de Megumi Takeyama, cheffe ; CVNSUMED, son ; et David Chieze, parfum. Toutes les œuvres impliquant le cuir ont été développées en collaboration avec Marie-Ève
Lecavalier.