Bremond Capela est heureuse de présenter The Nature of Light, une exposition personnelle d’Annabell Häfner.
Les peintures d’Annabell Häfner se déploient dans un espace en suspens, où paysage, architecture et atmosphère cohabitent sans jamais se fixer durablement. Au cœur de sa pratique se trouve la couleur, utilisée non comme un élément décoratif mais comme un principe fondamental de construction de l’espace et de l’émotion. Par la couleur, Häfner élabore des environnements qui se ressentent autant qu’ils se regardent, invitant le spectateur à pénétrer des champs de perception plutôt qu’à identifier des lieux clairement définis.
La lumière occupe une place centrale dans cet ensemble d’œuvres, non comme une rupture mais comme le prolongement naturel de cette exploration chromatique. Elle agit comme une force structurante, modulant le comportement de la couleur, la suggestion de la profondeur et le déploiement de l’espace à la surface de la toile. Ombres, tonalités crépusculaires et variations subtiles de luminosité guident le regard, définissant l’atmosphère propre à chaque peinture plutôt que de renvoyer à un moment ou à un lieu précis.
Häfner commence souvent ses œuvres sur des fonds aux tonalités chaudes ou sombres, permettant à la lumière d’émerger de l’intérieur même de la peinture. Ces sous-tons chromatiques imprègnent l’ensemble de la composition et instaurent une forme d’ambiguïté temporelle, évoquant le crépuscule, l’heure bleue ou un instant indéterminé entre le jour et la nuit. Ici, la lumière est indissociable de la couleur : elle est portée par elle, absorbée par elle et transformée à travers elle. Ces peintures sont nourries par une observation attentive et répétée d’un paysage familier, où un même environnement se révèle différemment chaque jour au gré des variations de lumière, de météo et de saison.
La couleur demeure le principe d’organisation central des peintures. Par des superpositions d’huile, d’acrylique et de craie, Häfner construit des zones chromatiques qui suggèrent la profondeur sans recourir à la perspective linéaire. Les horizons restent instables, les contours s’adoucissent et les transitions se brouillent. L’espace n’est jamais figé : il se reconfigure en permanence, invitant à une observation lente et soutenue.
Au sein de ces espaces chromatiques, des éléments de paysage émergent progressivement. Arbres, formes nuageuses ou masses végétales denses semblent se rapprocher du spectateur, occultant partiellement ce qui se déploie à l’arrière-plan. Ces formes demeurent volontairement ambiguës, à la frontière entre abstraction et reconnaissance. Plutôt que de représenter la nature, Häfner cherche à en restituer l’expérience sensible, cette sensation d’immersion passagère où la proximité, l’atmosphère et la couleur prennent le pas sur toute description.
L’exposition se déploie dans la galerie sous la forme d’une succession d’ensembles panoramiques. Les œuvres sont accrochées en séquences horizontales, alignées par leur hauteur mais variables dans leur longueur, créant des rythmes visuels étendus qui font écho au balayage du regard sur un paysage. Ce mode de présentation renforce la dimension physique et temporelle des peintures, invitant le visiteur à les parcourir, à s’y arrêter et à s’inscrire dans un temps de contemplation plus lent. Cette logique panoramique fait également écho à la vastitude et à l’apparente absence de limites du paysage qui nourrit la pratique de Häfner, où l’échelle et la répétition façonnent la perception au fil du temps.
Tout au long de The Nature of Light, Annabell Häfner poursuit l’exploration d’un équilibre délicat entre intérieur et extérieur, construction et dissolution, distance et immédiateté. La couleur demeure le fil conducteur à travers lequel ces tensions s’articulent, tandis que la lumière agit comme un prisme, révélant des variations subtiles, des intensités et des états de transition. Les œuvres ne cherchent pas la résolution ; elles maintiennent au contraire un état d’ouverture, dans lequel la perception demeure fluide et attentive.