Présentée à Bremond Capela, The White Whale marque un tournant vers l’intimité, le silence et la délicatesse d’un instant suspendu. L’exposition inaugure un nouveau chapitre dans la pratique de Valdrin Thaqi, après The House Above the Hill, présentée en 2025 à la Galeria Kombëtare e Kosovës (National Gallery of Kosovo) à Pristina, où l’artiste explorait la notion de foyer et le corps comme lieu d’origine.
Chaque peinture s’articule autour d’une figure unique. Un corps, un visage, une action.
Le modèle, qu’il s’agisse d’une connaissance ou d’un modèle qui peut aussi le représenter lui-même, accomplit un geste minimal : croiser les bras, couvrir sa bouche, cracher, ou manger du papier. Ces gestes simples, mais chargés, deviennent entre les mains de Thaqi le théâtre d’un une ambiguïté palpable. La narration reste retenue, suspendue quelque part entre ce que nous percevons et ce qui échappe. Nous demeurons dans un état d’attente, avec la sensation que quelque chose vient de se produire, ou est sur le point d’advenir. Bien que ces œuvres naissent souvent d’impulsions personnelles et autobiographiques, elles ne relèvent pas de la confession.
Elles saisissent des états intérieurs, tension, doute, fragilité, des moments d’émotion saisis à leur intensité maximale. L’artiste photographie ses modèles dans son atelier, devant un mur qu’il a lui-même monté dans l’atelier, un mur de travail faisant à la fois office de fond et de chevalet. Un espace où le moment vécu rencontre son image figée, où le temps s’interrompt juste assez longtemps pour devenir peinture. Il n’y a ni décor, sans décor ni artifice: seulement la lumière, le geste et la tension du corps.
Cette retenue accentue la dimension introspective de son œuvre : chaque toile fonctionne comme une image arrêtée, suspendue à l’instant précis où le sens vacille. Thaqi décrit souvent ses peintures comme des moments coupés, des images arrachées au flux du réel.
Dans The White Whale, chaque toile agit comme un miroir. Derrière le silence du modèle, nous projetons nos propres récits et nos propres émotions. Thaqi ne raconte pas d’histoires : il crée des situations. Et c’est peut-être là la force tranquille de son travail, cette capacité à transformer un geste ordinaire en un moment suspendu, à la fois tangible et immatériel, où la peinture saisit quelque chose de réel juste avant qu’il ne se dissolve.
Valdrin Thaqi revendique la lenteur et la solitude comme conditions essentielles à la peinture. Son processus, à la fois intuitif et rigoureux, repose sur l’attente de cet instant délicat et insaisissable où la peinture cesse d’être une image et devient une présence.