L’antichambre

© Courtesy of Bremond Capela and Laura Footes
© Credits photo: Nicolas Brasseur

Laura Footes

25 avril — 30 mai 2026

13 rue Béranger, 75003 Paris

Laura Footes développe une pratique artistique centrée sur le dysfonctionnement du corps, qu’elle mobilise à la fois comme matière de création et comme instrument de réflexion sur la vulnérabilité. Depuis trente-huit ans, l’artiste vit avec une maladie chronique qui impose à son corps un rythme, une perception singulière sur les fragilités du monde ; et un point de départ pour explorer les tensions corporelles, mentales et sociales.

Dans son travail, la dysfonction est un état intermédiaire révélateur du processus de transformation. En résonance avec les travaux de Michel Foucault, la dysfonction devient un moyen de se différencier et de s’émanciper des cadres établis, elle ouvre pour l’artiste un espace singulier d’expérimentation où la vulnérabilité permet d’explorer librement le réel. Laura Footes invoque aussi Hannah Arendt : la certitude absolue réduit la capacité de pensée critique, tandis que l’incertitude — acceptée et mise en oeuvre dans l’expérience artistique — devient une condition nécessaire pour préserver liberté et sensibilité.
C’est précisément dans cet espace de suspension et de réinvention que Laura Footes articule sa réflexion autour de la zone de purgatoire — un lieu où les repères habituels disparaissent — et de la manipulation du temps, qui permet de déconstruire les architectures mémorielles, temporelles et réelles. La mise en abyme intervient ici en superposant récits et espaces imbriqués, créant des compositions où les couches narratives et visuelles se reflètent et se répondent, elle cite Las Meninas de Diego Velázquez. Elle convoque également À la recherche du temps perdu (M. Proust), l’héritage pictural des cafés français et l’intimité des espaces de Chardin. Les motifs récurrents (tables, chaises, lits) servent de points d’ancrage, à la fois pour la mémoire collective et personnelle, stabilisant des fragments de réalité face à l’érosion du souvenir.

La transparence agit comme une radiographie, révélant les structures internes des corps, objets et espaces ainsi que leurs interconnexions invisibles, permettant d’observer les relations entre fragilité et structure. Le corps malade de l’artiste reflète une société en dysfonction, des normes saturées d’informations et images manipulées.

Au-delà de la simple expérience visuelle, son travail propose un apprentissage de l’habitation de l’inconfort. Le spectateur est invité à considérer les fragilités comme des alliées précieuses pour appréhender la complexité du monde, faisant de la peinture un espace où l’incertitude se transforme en forme de connaissance et de sagesse.

Ancrée dans la tradition culturelle française, cette série dialogue avec l’héritage artistique et intellectuel du pays, soulignant que la fragilité peut constituer un véritable moteur de renouveau et ouvrir des perspectives inédites sur le monde.