© Credits photo: Nicolas Brasseur
L’univers artistique de Laura Footes explore le dysfonctionnement, envisagé non comme une fin, mais comme un état de transition, une rupture nécessaire à la métamorphose et à la réinvention.Depuis trente-huit ans, l’artiste compose avec une maladie chronique. Si elle impose à son corps un rythme atypique, cette réalité s’est aussi révélée être un puissant catalyseur de créativité, offrant un cadre inédit pour explorer la disharmonie physique, psychologique et sociale.
Étudiante en France, Footes s’est imprégnée de poésie et de philosophie françaises, y puisant une vision du dysfonctionnement comme une révolte contre l’ordre établi. Cette démarche devient alors une confrontation libératrice avec la mortalité et l’absurdité de l’existence.
L’artiste invoque Hannah Arendt, soulignant que « la certitude absolue réduit la capacité de pensée critique, tandis que l’incertitude devient une condition nécessaire pour préserver liberté et sensibilité ». L’énigme et le doute habitent chaque toile de Laura Footes. Elle les décrit comme des zones de « purgatoire », à l’image du corps souffrant qui devient un espace de transition suspendu entre la vie et la mort.
La mise en abyme et les codes cinématographiques imprègnent son œuvre, où le montage fragmente le temps et l’espace. Footes entremêle son récit autobiographique à des réminiscences visuelles, littéraires et philosophiques assimilées lors de ses années de formation en France. Elle convoque ainsi l’intimité des intérieurs de Chardin, la quête de M.Proust dans À la recherche du temps perdu, l’esthétique de la Nouvelle Vague ou encore la psychogéographie parisienne. Elle y adjoint la culture des cafés et des restaurants — des rituels paradoxalement complexes à s’approprier, alors que l’artiste compose avec un trouble digestif chronique.
Des motifs récurrents (tables, chaises, lits) deviennent des points d’ancrage stabilisateurs dans la trame instable de la mémoire collective et personnelle. La transparence agit comme une radiographie, révélant les structures internes des figures et de l’architecture, exposant la tension entre la fugacité et la permanence. Le corps de l’artiste, fragilisé par la maladie, fait miroir d’une société dysfonctionnelle, saturée d’images de corps impossibles, de certitudes illusoires et d’obsessions de perfection, de jeunesse et d’immortalité.
Au-delà de la simple expérience visuelle, l’œuvre de Footes propose un apprentissage de l’habitation de l’inconfort. Le spectateur est invité à considérer la vulnérabilité et le dysfonctionnement comme des états d’être précieux, et comme un moyen d’appréhender la complexité du monde, faisant de la peinture un espace où l’incertitude se mue en sagesse et en forme de confort.